Helene Colpin en Inde!!

On m’avait présenté Amritsar comme un endroit paisible baignant, tel le temple d’or dans son bassin, dans la spiritualité.
Cependant, si la spiritualité est bien, l’idée que je m’en fais, quelque chose qui se vit intérieurement, de qui se voudrait contemplative alors Amritsar, la ville, par opposition à son temple, est loin d’être spirituelle.

En ce début de ce mois d’octobre, à l’occasion des vacances de Diwali, (Diwali n’est pas une personne, non, mais l’une des importantes des fêtes hindouhistes, un peu comme Noël par chez nous), la ville incarne à merveille le cliché que peut avoir l’occidental de base quand il pense à l’Inde du Nord : surpeuplé, bruyant, pollué et bien plus encore.

Semblant ignorer le rythme imposé par les levés et couchés de soleil, elle ne s’endort jamais. Insomniaque, elle l’est surement, pour mieux accueillir les milliers de pèlerins et les quelques touristes ayant passés de très longues heures dans les transports pour venir l’honorer.

De Delhi à Amritsar
Les touristes ou pèlerins, comme nous, arrivent bien souvent par train de Delhi ou par bus de Chandigarh, Dharamsala ou d’autres provenances des contreforts himalayens.
Pour notre part, nous avions choisi le train en partance de Delhi. Un train roulant 6 heures durant. En cette période de vacances, nous avions eu quelques difficultés à trouver 4 places malgré le grand nombre de trains faisant le trajet quotidiennement. Nous nous sommes donc résolus à réserver ‘First AC” (la plus haute des classes parmis les nombreuses que proposent l’Indian Railway).
Dans ce train très confortable, nous avons assisté à un défilé de serveurs de la “Meals on Weels Company”, nous apportant sans cesse de fastueux plateaux repas.
Leur dégustation était comprise dans le prix du billet (1500 INR / personne soit moins de 20€).
C’est le ventre bien rempli (sainement aussi, la shigellose je vous la garde pour un prochain article) , que nous sommes arrivés, passé 23h à la gare d’Amritsar.
Son esplanade était animée d’un balai de taxis faisant les aller-retours vers le temple d’or. Comme d’habitude, nos blancs-becs se sont fait assaillir par tous les taxis du coin.

Dans un premier temps, nous avions, candidement pensé rejoindre le temple d’or à pied bien que n’ayant aucune idée de la distance à parcourir. Nous tentâmes donc de nous rapprocher de policiers sikhs pour leur demander conseil. Cependant Delhi, la ville cosmopolite était bien loin, et les policiers ne parlaient pas l’anglais mais uniquement le penjabi, l’une des 850 langues du pays. Ils firent quand même l’effort de chercher quelqu’un pour nous renseigner. Cette personne nous indiqua que le temple était à une quinzaine de minutes en taxi, sans embouteillage. On nous conseilla donc de faire le trajet motorisé et proposa même de nous le négocier. C’est ainsi que pour 300 INR (environ 1€ par personnes) un jeune taxi-walla nous emmena jusqu’à Sita Niwas quartier d’hôtels juxtaposant le temple d’or.

Je vais éviter là une digression sur les faux offices de tourisme à Delhi qui nous ammenérent à nous retrouver dans ce quartier. Toujours fût-il qu’à minuit nous n’étions pas certains du fait que nous dormirions sous un toit pour notre première nuit passée à Amritsar.

Dormir à Amritsar
Notre plan B, réserver une chambre dans un hôtel, ayant échoué, nous comptions donc à nouveau sur notre plan A, à savoir dormir au temple d’or qui avait la réputation d’offrir le gîte à ses pélerins. Nous l’avions, un temps, laissé de côté car, étant donné la foule qui était annoncée à Amritsar, nous craignons de n’y trouver aucune place.

Suivant la foule, nous franchîmes l’une des entrées du complexe dans lequel se trouvait le temple sacré pour la population sikhs et nombre d’hindouhistes. Nous débarquâmes alors dans un univers à la dimension temporel étonnante. L’activité était telle qu’on s’y serait crus en plein jour. L’heure semblait y être un concept inexistant.

La foule affluait sans cesse.
Au milieu, nous étions plantés là, l’air hagard, comme débarqués sans transition d’un lieu dans lequel nous avions encore quelques repères à un environnement que nous n’avions jamais imaginé. Malgré mes précédents séjours en Inde, parfois dans des lieux de cultes très fréquentés (tel que les ghats baignant dans le Gange à Haridwar), cet univers semblait totalement inédit.

C’est alors que mon regard, surement un peu perdu, croisa celui d’un garde sikh armé de son hallebarde qui nous observait au loin. Sans dire un mot, d’un léger signe de la tête, il nous enjoint à le suivre.
Nous nous exécutâmes, tachant de ne pas le perdre dans la foule. Il nous fit rentrer dans l’un des élégants bâtiments du complexe et passa la main à un autre garde avant de disparaître dans la foule.
Toujours sans un mot ce dernier nous ouvrit une porte, celle du dortoir sur lequel il veillait.

Indus Leh

Dortoir temple d’or Amritsar

Les lits y été alignés. Accablés de chaleurs d’autres jeunes voyageurs étrangers y été affalés, profitant un temps soit peu de l’air des ventilateurs tournoyant au dessus des lits.
Des casiers étaient à notre disposition pour laisser nos sacs et objets de valeur.

Eprouvés par notre journée passée dans les transports, entre l’avion Leh-Delhi, la journée à trainer à Delhi et le trajet Delhi-Amritsar, nous sautâmes sur le premier lit trouvé pour tenter, malgré l’écrasante chaleur, de dormir et nous reposer.

Le dortoir spécial “foreigners” n’était équipé d’aucune pièce d’eau. Il fallait, pour nous débarbouiller et aller aux toilettes, traverser la vaste cours intérieure du bâtiment dans laquelle, des centaines de pèlerins avaient posés bagages. Les plus chanceux avaient une chambre mais la grande majorité dormait à même le sol, dans une conviviale promiscuité.

Indus Leh

Dortoir temple d’or Amritsar

Manger à Amritsar
Sans interruptions, les journées et nuits étaient rythmées par le vacarmes des talis et autres ustensiles de vaisselle s’entrechoquant, s’empilant, se désempilant, se faisant laver par une foule de mains bénévoles..

Car, au Golden Temple, il n’y a pas de demi-pension. Le gîte est offert aussi bien que le couvert, cela sans distinction du fait que vous soyez touristes Lyonais, vacanciers hindouhistes ou sikh plein de ferveur.

Les mêmes personnes que l’on doit enjamber pour accéder aux toilettes (par ailleurs, très propres pour un tel endroit), se cotoient donc dans l’immense langar, le réfectoire du temple pour y prendre leur repas : riz, lentilles et chapati.

La logistique de ce lieu est incroyable. Elle constraste avec le reste de la ville.

Un flux constant de pèlerins se présente au réfectoire de jour comme de nuit. Après s’être couverts la tête et déchaussés (car nous sommes au sein du temple), tous s’alignent, presque, rigoureusement, pour que leur soient distribués, assiettes, écuelles et verres.
Ce sésame obtenu, des bénévoles orientent ensuite la foule vers les différentes entrées de ce gigantesque réfectoire. Chacun est incité à s’asseoir en file (indienne?), poser son assiette et attendre que des bénévoles arrivent avec leur marmite à roulette pour les remplir à volonté.
Une fois le repas avalé, chaque file, se vide et un nouveau bénévole passe la serpillière pour accueillir dignement le prochain flot de demi-pensionnaires.
Bien sur, il est possible de faire un don pour le repas mais cela n’est en rien obligatoire.

Le temple d’or
Sur les deux jours que nous avons passés à Amritsar nous ne sommes rentrés dans le temple d’or, lui même, qu’à deux reprises tant cela pouvait se révéler éprouvant malgré l’excellente logistique mise en place. La première fois en journée et la seconde, la plus belle, le soir, une fois le soleil couché et le bouillonnement retombé.
Alors que nous nous approchions pour la première fois de l’une des entrées, un vieux sikh nous alpagua, nous dit que nous devions déposer nos sacs à la consigne, nous couvrir la tête d’un tout petit foulard et retirer nos chaussures. Cela aurait pu être pris pour de bienveillants conseils s’il n’avait pas continué à nous harceler. Il préjugea que nous étions sans doute fumeurs et que nous ne devions pas rentrer dans le temple alors que la cigarette est interdite dans la religion sikh. Il voulu même contrôler l’état de notre dentition, affirmant que cela lui permettrait de vérifier si nous étions fumeur ou non.
S’en était trop. Je lui répondis qu’il était hors de question qu’on lui montre nos dents et nous nous éloignâmes de cet énergumène.

Après avoir bataillé pour accéder aux comptoirs permettant de déposer en consigne nos sacs d’une part et nos chaussures, d’autre part, c’est sous la chaleur d’autant plus forte qu’elle était réfléchie par le marbre constituant l’intégralité du temple, que nous avons pu enfin découvrir le fameux temple d’or.

Indus Leh

Nous n’avons pu rentrer dans la partie du temple, en or, renfermant le livre sacré, le Guru Granth Sahib. Une queue dépassant allégrement les soixante mètres du pont permettant d’y accéder nous en empêchant. Nous nous sommes donc contentés d’une marche le long de la promenade entourant l’Amrit Savovar, bassin contenant le nectar sacré qui a donné son nom à la ville. Ce bassin semble constamment récuré par des bénévoles de turbans vétus en profitant pour une petite purification salvatrice.

Indus Leh

Par ci par là, des musiciens jouaient des kirtans, incantations sacrées.

Indus Leh

Kirtan au temple d’or

La plante des pieds brulante à force de marcher sur le marbre ensolleillé, nous ne nous sommes pas attardés tant que ça dans le temple.

Nous sommes partie à la recherche d’un espace vert dans lequel respirer un peu. Mais Amritsar est une ville étouffante et le seul espace vert du centre ville est un parc, quoique assez grand, ne permet pas vraiment de s’y reposer. D’autant que pour l’atteindre il faut se frayer un passage entre la foule, les motos, les voitures, les camions, les bus, les rickshaws, klaxonnant en coeur dans d’étroites rues, ce qui n’est pas chose aisée ou du moins agréable.

Ce parc, le Jalianwalla Bagh, est un lieu de mémoire où se rendent les indiens, et pas uniquement les sikhs, pour rendre hommage aux centaines de manifestants s’y étant retranchés un jour d’avril 1919 et massacrés sous les balles de l’armée britannique, sans espoir de fuir. Les impacts de balles y sont encore visibles, encadrés, brossant le tableau de la violence répressive de l’empire britannique des Indes.

Dans tous les cas, la chaleur accablante ne nous offrait guère d’espoir de trouver refuge ailleurs que dans le train climatisé qui nous ramènerait vers Delhi.
Ce trajet marqua cependant la fin de mes agréables vacances, puisque nous avons eu la bonne idée d’y commander un repas qui provoqua chez moi une violente dysenterie qui me gâcha le reste du voyage et qui en est à son deuxième round contre les antibiotiques, un mois et demi après.

Amritsar en pratique :
A venir



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