Helene Colpin en Inde!!

Catégorie ‘Le sous continent’


Voilà un second article complétant ma description du village de Chilling, des occupations et des us et coutumes de ses habitants.

Les repas
Le matin, comme le soir, nous prenions nos repas dans la pièce principale de la maison : la cuisine située au rez-de-chaussée.

Cuisine à Chilling, LAdakh 2011 helene colpin

Cuisine typique ladakhie

C’est dans cette pièce, bien sur, qu’étaient préparés les repas mais aussi que l’on pouvait découvrir, au petit matin, les enfants encore assoupis sur des matelas posés à même le sol, là où semblait dormir toute la famille.
La cuisine de nos hôtes était pourvue de l’unique téléphone du village, qui plus est un téléphone satellitaire! Oui, une seule maison du village possédait un téléphone, bien que le réseau couvert ne fût pas bien vaste. Il permettait uniquement de joindre les autres villages et la capitale, Leh. Cela dit, malgré la petite taille du village il y avait toujours des villageois, gens de passage ou ouvriers travaillant à la construction des maisons et à l’entretien de la route qui faisaient la queue pour pouvoir passer un coup de fil.
La fonction principale de cette salle restait tout de même la préparation et la prise des repas.
Le petit déj’ se composait en général de petit pains natures, un peu secs, agrémentés de confiture (de fabrication industrielle en provenance de l’Inde plein d’arômes artificiels) et de thé classique ou à la menthe. Nos hôtes semblaient avoir compris qu’il n’était pas nécessaire de nous proposer du thé au beurre dès le matin.
Il est arrivé, dans notre précédente famille d’accueil, qu’on nous serve une soupe de « noddles » (sachet de nouille chinoise déshydratées épicées) dès le matin… la digestion qui s’en suivait couplée à la chaleur n’était guère propice à un travail acharné pour le reste de la matinée.
Le soir, les repas étaient typiquement Ladakhis. Nous descendions de notre chambre avant qu’ils soient prêts. La nuit étant tombée, nous regrouper dans cette pièce permettait de profiter de la lumière et d’économiser la batterie de notre lampe solaire.
C’était également l’occasion de partager un moment de la vie de famille Ladakhi.
Là, les femmes de la famille, après leur journée passée dans les champs ou à dénoyauter des abricots, s’affairaient à cuisiner pour toute la famille mais aussi pour nous ou les treckeurs de passage passant la nuit chez eux.
Nous avons eu le droit à la traditionnelle purée de lentilles que l’on mange partout sur le sous-continent (le fameux Dal), à la soupe tibétaine (bouillons, pâtes, légumes), aux grosses pâtes faites de tsampa (la farine d’orge grillée, ingrédient principal des mets Tibétains) mais aussi aux fameux raviolis vapeurs, végétarien ou non, dont je raffole, communément appelés « Momos ».
Cette cuisine était, je le pense, un peu plus saine que celle que j’avais pu manger lors de mes 7 mois à Delhi, cependant je suis quand même tombée malade après une semaine dans le village. Mais repas ont alors étaient limité au riz, à son eau bouillie et j’ai pu redécouvrir les joies du Smecta.
Cela m’amène donc à un sujet que je me dois d’aborder : les toilettes ! Histoire de faire baisser le tôt de rebond de mon blog, un peu de sensationnalisme ne lui fera pas de mal. Ami de la poésie, je vous aurez prévenu !

Les toilettes au Ladakh
Au Ladakh, pas de tout à l’égout, la solution ici pour faire ces besoins dignement sans risque de propagation d’épidémies est donc « les toilettes sèches », ces toilettes, dont on entend de plus en plus parler dans nos contrés, consistent donc en un long trou percé sur le toit de la maison donnant dans une fosse à purin. L’endroit est suffisamment élevé pour que les odeurs n’y soient pas trop nauséabondes (enfin cela dépend des maisons). Dépourvus de toit (mais tout de même entouré de murs), tout ce fait donc à l’air libre, ce qui est un plus pour les odeurs mais plutôt désagréable en plein soleil, un après-midi de tourista . En guise de chasse d’eau on utilise une pelle et du sable. Au final, c’est bien plus propre que les toilettes à l’occidentale qu’on peut trouver à Delhi !

Toilettes sèches au Ladakh

Toilettes sèches au Ladakh

Se laver au Ladakh
Au il n’y a donc pas de tout à l’égout et il n’y a pas non plus d’eau courante. Pour se laver on peut trouver dans de rares villages des douches solaires, ce n’était pas le cas à Chilling. La solution était donc d’utiliser l’eau des ruisseaux récupérée à l’aide de tuyaux. Attention, il faut penser à l’environnement et utiliser des produits écolos car l’eau de rinçage se retrouve directement sur le sol à proximité de champs. Pareil pour le brossage des dents, n’hésitez pas à demander à vos hôtes quel ruisseau utiliser afin d’éviter que les eaux salles ne se retrouvent dans les champs ou soient utilisées dans des villages en contrebas.

Tour du village
Après ce « zoom » sur l’habitation Ladakhi, je vais prendre un peu plus de recul pour parler plus globalement du village en suivant les pas de Khenrab lors de la visite durant laquelle il nous a guidé.
La topographie du village induit que les habitations ne sont pas toutes situées au même niveau.
Les différentes habitations ne sont absolument pas accessibles aux véhicules et sont séparées par de petits sentiers aussi caillouteux que pentus.

Ruelles de Chilling

Ruelles de Chilling

En bas du village, au bord de la route et face au fleuve Zanskar, se trouvent deux petits points de restaurations qui accueillent les voyageurs en début ou fin de treck dans la vallée de la Marka et qui leur proposent de frugales repas accompagnés de thé. En grimpant un peu, on accède au « community hall » salle de vie du village dans laquelle nous avions pour mission de mettre en place l’éclairage via panneaux solaires et un purificateur d’eau. Le reste du village se situe sur un petit plateau accessible après quelques efforts en grimpant une pente raide et rendue glissante par les cailloux. Après avoir enjambé un petit ruisseau entrainant un moulin à prière et être passé à gauche d’un shörten on arrive au centre du village.

Moulin à prière

Moulin répandant les prières

Celui-ci est constitué d’une école regroupant les cinq ou six élèves, quelques ateliers de dinandiers, des étables et bien sur les habitations.
Je ne vais pas m’attarder sur chaque recoin du village, mais plutôt sur quelques endroits en particulier.

Le plus vielle arbre du village.
Lors de notre tour du village nous sommes passés sous un arbre au tronc si large qu’on imaginait sans peine qu’il n’était pas poussé de la dernière pluie. Khenrab nous l’a confirmé, nous indiquant qu’il s’agissait du plus vieil arbre du village. Il n’était cependant pas en mesure de nous donner son âge. S’en est alors suivi une longue discussion avec un viel homme accoudé à un muret non loin de là, dont les rides marquant son visage étaient caractéristiques des habitants ayant passé leur vie sur les hauteurs Himalayennes, sujets au froid et aux puissants rayons de soleils.

La conversation avait bien entendu lieu en Ladakhi, la langue parlée dans ce royaume (la langue écrite est le Tibétain) c’est pourquoi aucun d’entre nous n’était capable de la comprendre. Le débat entre les deux hommes dura de longues minutes. Au final de cette attendrissante conversation, les deux hommes n’ont pas été capables de donner un âge à cet arbre mais ils ont au moins eu le mérite de nous montrer avec quelle simplicité peut s’instaurer un échange dans cette communauté.

Rencontre avec le grand-père de Khenrab
Au milieu de notre visite nous sommes arrivés chez le grand-père de Khenrab.
Dans un premier temps Khenrab nous y a montré son petit atelier de dinandier. Il était rempli de récipient en tous genres réalisés à la main par son grand père jusqu’à ce que ce dernier soit forcé à prendre sa retraite.

atelier de dinandier

Le petit atelier de dinandier du grand-père

A l’heure où l’age de la retraite fait débat en France, au Ladakh le concept est inexistant. Le grand-père de Khenrab avait 90 ans, des problèmes articulaires et de vision, quand il a arrêté de travailler dans son atelier ainsi que de prêter main forte aux champs. Désormais l’un de ses fils poursuit le métier de dinandier, entre autre, et toute la famille est là pour subvenir à ces besoins.

Les dinandiers : savoir-faire du village
Quelques habitants de Chilling poursuivre la tradition des dinandiers dans la lignée du grand-père de Khenrab. Son frère notamment continue à fabriquer les ustensiles et récipients remplissant les étagères des cuisines Ladakhi ainsi que quelques objets religieux tels que les bols à offrande ainsi que des bijoux.
Dans le calme du village on peut souvent entendre les échos des coups donnés par les dinandiers sur le cuivre qu’ils sont en train de façonner avec une précision incroyable.

atelier de dinandier

atelier de dinandier

Khenrab atisant les braises permettant à son frère de déformer le cuivre à sa convénience

La future maison de Khenrab
Après un passage obligé au petit temple situé au point le plus haut du village dans lequel Khenrab s’est prosterné devant des statuettes de Bouddha et des photos de lamas, il nous a fait découvrir sa future maison. Aujourd’hui de nombreux jeunes ladakhis pensent à quitter leur village pour aller chercher la modernité de la ville censée leur apporter bonheur et confort (cf « Quand le développement créé la pauvreté » d’H. Norbert-Hodge), mais Khenrab jeune homme aux idées non moins modernes a lui fait le choix de rester dans son village et de participer à l’amélioration des conditions de vie dans cet environnement « austère ».

Ladakh 2011 helene colpin

Le chantier de la maison de Khenrab

Cela commence par la construction de sa maison. Khenrab a réfléchi à la façon la plus écolo et économe de la bâtir notamment en utilisant le concept des « murs trombes ».

Ladakh 2011 helene colpin

Concept du mur trombre

Cette solution consiste en la mise en place d’une double épaisseur de verre fixé à un mur d’argile peint en noir faisant face au Sud. L’effet de serre va alors chauffer l’air prisonnier des parois e des trous dans le mur vont permettre la circulation de l’air chaud.

Ladakh 2011 helene colpin

Mur Trombe de l’habitation Ladakhi

Pour rebondir sur l’éco-construction le prochain article aura pour sujet nos travaux d’installation des panneaux solaire et du purificateur d’eau dans le community hall.

En savoir plus sur l’habitat au Ladakh
http://www.6climats6habitats.com/ladakh.htm
http://juley.ladakh.free.fr/newsletter/news/juillet_2008.html

Ecrit le 3 février 2012 par helene  |  1 commentaire »

Rappel du contexte du voyage :
Ancienne étudiante de l’ENSI de Bourges, j’ai suivi les étudiants de mon école d’ingénieur, membres de l’association « 5 sommets 5 continents » au Ladakh afin de participer à des missions de solidarité dans des villages touchés par les graves inondations de 2010.
Après quelques jours à travailler à l’installation de panneaux solaires nous avions décidé d’aller rendre visite à nos amis travaillant sur le projet de Skiu.

Chacun des moments passés au Ladakh furent remarquables, la balade que nous avons effectué entre Chilling et Skui, un aller-retour entre deux villages comme peuvent le faire régulièrement certains Ladakhis comme Khenrab, en fait partie.
En avance, enfin pas en retard, sur notre mission d’installation de panneaux solaires et ayant dépassé notre quota autorisé de trous béants dans les murs, Anne-Sophie, David et moi-même avons proposé à Khenrab de partir pour l’après-midi rendre visite à nos confrères de Skiu, eux aussi affairés à poser des panneaux solaires sur le toit du « community hall » du village. C’était là une bonne occasion de partager le peu du matériel de bricolage dont nous disposions. Il n’y a pas de Bricorama dans la vallée de la Marka, les Ladakhis vivent en autosuffisance et sont capables de tout faire avec ce que leur apporte leur environnement. On apprend donc vite à se débrouiller avec les moyens du bord et à marcher quelques heures pour échanger tant du matériel que de l’immatériel : les conseils, les expériences….
Mais dans la vallée, marcher d’un village à un autre ne relève pas d’une affaire de quelques minutes, environ 3h de marche sont nécessaires… pour l’aller.
Comme dans la culture Ladakhie la notion du temps qui passe est presque inexistante nous avons quitté Chilling sans empressement pour rejoindre à Skui en fin d’après-midi.

Auto-stop au Ladakh

La première partie du chemin, ne nécessite pas un sens de l’orientation aigu. Elle consiste simplement à suivre le fleuve Zanskar pendant une grosse heure pour rejoindre le CABLE CAR (un mystérieux moyen de transport), à moins d’avoir la chance, comme nous, de croiser un véhicule acceptant de nous y déposer. La première partie de la route s’est donc effectuée au bord d’une route carrossable, les montagnes à notre droite et le fleuve en contre bas… à l’autre droite. On y croise presque personne, le prochain village étant à 3 heures de marche cela limite les rencontres fortuites. Seuls quelques ouvriers Biharis (état extrêmement pauvre du Nord de l’Inde qui fourni une grosse partie des ouvriers non qualifiés travaillant sur les routes à hauts risques de l’Himalaya) sont là pour en assurer la maintenance. Par chance, nous avons croisé un pickup ayant accepté de nous emmener jusqu’à “l’embarcadère” du cable-car, agrippés à la cargaison, cheveux dans le vent.
Au Ladakh, faire du stop est très fréquent. Les ladakhis ont cette culture de l’entre-aide inculquée par le Boudhisme ainsi que part l’environnement particulier auquel ils sont excellemment bien adaptés.
Je me souviens, du jour ou Anne-Sophie et moi avons quitté Chilling avant notre retour en France. Khenrab nous ramenait sur Leh, accompagné de Tashi dans sa petite voiture. Nous croisâmes deux jeunes touristes faisant du stop. Bien que la voiture était pleine, Khenrab s’arrêta pour saluer ces deux treckeurs et pour s’excuser de ne pouvoir les emmener. Encore un moment qui m’a surpris, moi l’occidentale qui ai l’habitude de croiser des auto-stoppeur mais que tout le monde ignore. Mais au Ladakh, les conditions de vie ont fait de la solidarité et l’entraide non pas un style de vie mais bien un mode de vie. L’individualisme n’existe pas, parler aux inconnus sans rien attendre en retour n’est pas considéré comme une perte de temps et l’individu n’y est pas une menace ou un concurrent dont il faut se méfier.

Le cable car – l’aller
Pour rejoindre Skui, il était nécessaire de traverser le fleuve, cependant Eiffage n’ayant pas encore mis la main sur cette niche du marché Indien (pour ma plus grande satisfaction je dois l’avouer) et la traversée s’effectue avec les moyens du bord.
Le « moyen du bord » ici n’est donc pas un pont (même pas un « pont de singe »), non pas d’un bateau (bien que de nombreux rafting déboulent en cette saison), non pas la nage mais ce fameux « CABLE CAR ».
Lorsque l’on entend ce terme pour la première fois on s’imagine à Montmartre sur le funiculaire, Amelie Poulin gambadant en contrebas sur les mélodies de Yann Tiersen.
Puis peu à peu des rumeurs, toutes plus inquiétantes les unes que les autres (:-)), se font entendre. Il s’agirait en fait d’une tyrolienne de fortune sur laquelle serait accrochée une toute petite caisse en bois. Pire ! Le sac d’un étudiant serait même tombé dans le Zanskar depuis celui-ci ! Notre version Ladakhi d’Amelie Poulain se transformerait donc en un mauvais remake à la « Indiana Johns ».

Vue sur Chilling
Antoine s’éclate dans le cable-car

Mais intrépides comme nous sommes, nous avons donc pris place, un ou deux à la fois, dans la caissette.
En journée des hommes sont présents sur les deux rives, une fois lancé on se retrouve pendus au milieu du tumultueux fleuve attendant que ces derniers nous tirent vers la rive, mieux vaut alors ne pas avoir le vertige. Les sacs biens accrochés sur les épaules, le plus gros danger est en fait de se cogner la tête à la poulie en sortant de « la cabine ».
Arrivés à bon port nous avons repris notre marche pour encore deux bonnes heures au milieu de montagnes arides, dépourvu de toute végétation avant d’apercevoir au loin la verdure presque inespérée de l’oasis qu’est le village de Skiu.

Vue sur Skiu
Skiu, au loin

La balade se fait alors plus sportive, avec un petit col à passer et quelques pentes bien raides à gravir.
Notre balade n’avait rien d’un treck pour sportif de haut niveau, cela dit mieux valait ne pas avoir le souffle trop court pour gravir ces collines sans finir exténués.

A mi-chemin le ciel se faisait de plus en plus menaçant, on avait l’impression que les nuages avaient entamé une course poursuite contre nous. A chaque fois que nous nous retournions, nous pouvions voir l’orage menaçant se rapprocher, le vent se renforçait faisant virevolter le sable et menaçant quelques éboulis de dévaler les pentes, nous évitions donc de marcher à flanc de montagne. Plus tard nos amis à Skui nous racontèrent qu’ils avaient pu observer l’orage et ses éclairs frappant les sommets environnants qui se mettaient alors à fumer.

Orage dans la marka vallée
Orage dans la Marka vallée

L’orage ne dura cependant pas très longtemps, et nous atteignîmes un village peu avant Skui, bien content de retrouver un peu de verdure. Malheureusement suite à un bug de carte mémoire je n’ai que très peu de photo de ces villages à partager.
Lors de la traversée de cette zone, chaque personne que nous croisions de près ou de loin nous saluait, les plus éloignés nous voyant arriver nous faisaient de grands signes nous invitant à les rejoindre pour un thé. Ne souhaitant pas arriver à Skiu trop tard nous nous vîmes contraints de refuser.
Enfin arrivés à Skui, nous avons retrouvé nos amis, surpris, mais contents de nous voir là (aucun moyen de communication ne relie ces deux villages, ils n’étaient donc pas au courant de notre visite).

Skui
Skiu est un tout petit village bien vert entouré de montagnes ocres.
Il accueille quelque trekkeurs de passage dans ses « home stay », concept de B&B à la ladakhi mis en place par Khenrab. Dans ce village, un luxe : la douche solaire, le seul moyen de se laver autrement qu’avec l’eau des ruisseaux de la vallée ! Ruisseaux et rivières d’ailleurs durement touchés par les inondations de 2010, nous pouvions encore voir les rochers déplacés par la crue et le lit de la rivière sans dessus-dessous.
Nous n’y sommes restés qu’une ou deux heures car la nuit tombe tôt en Inde et nous ne voulions pas refaire la route de nuit même si cela ne stressait pas Khenrab le moins du monde. Nous avons donc repris la route et comme à l’aller, nous nous sommes vus proposer de nombreuses invitations à boire le thé. Malgré notre empressement d’avancer le plus vite possible, Khenrab nous proposa de nous arrêter chez une habitante qui nous offrit thé et biscuits secs, simples mais un régal lorsqu’ils ramollissent trempés dans le thé. Anne-Sophie fît alors comprendre à Khenrab qu’elle ne souhaitait pas que l’on s’éternise car la nuit tombait, s’en suit alors un intéressant échange de points de vue.

La maitrise des risques - concept Ladakhi
Pour Anne-Sophie il paraissait dangereux de rentrer de nuit, les sentiers étant loin d’être balisés, et les éboulis fréquents (rassurez vous on était loin de risquer notre vie à chaque instant). Pour Khenrab le point de vue était bien différent. Pour lui pas de souci à se faire, non pas qu’il n’y avait aucun danger, mais, je le cite, s’il nous arrive quelque chose c’est que ça devait arriver on ne peut pas le contrôler alors à quoi bon s’en faire. Cela peut paraître la caricature faite d’un boudhiste par un occidental en mal de “zenitude” mais croyez moi il s’agit bien là de ses propos.

(je ne sais pas s’il avait conscience qu’il parlait là à des ingénieurs ayant choisis de se spécialiser en maitrise des risques… il remettait là en cause tout le concept de l’ENSI de Bourges école d’ingénieur spécialisée dans ce domaine). On pourrait alors penser que Khenrab n’est qu’un inconscient ayant toutes ses chances au casting de Jackass mais il n’en est rien. Je décrirais plutôt son état d’esprit comme le fait très bien Helena Norberg-Hodge dans un de ses livres :
« Les ladakhis ont envers la vie et la mort une attitude qui semble reposer sur une compréhension intuitive de l’impermanence des choses auxquelles ils ne s’attachent donc pas. Au lieu de s’entêter à dire comment les choses devraient être, ils semblent avoir le bonheur de les accueillir telles qu’elles le sont » .


La nuit tombante

Cable car – l’expérience de nuit
Notre empressement venait aussi du fait que nous souhaitions traverser la rivière avant la nuit, Khenrab nous ayant indiqué qu’il y avait assez peu de chance que nous trouvions des gens pour nous aider à la traverser de nuit.
Malgré notre marche soutenue, nous n’atteignîmes le cable-car qu’à la nuit tombée ayant profité d’un couché de soleil surnaturel que l’on n’imagine ne voir que sur mars.

Le Ladakh et ses paysages marsiens
Le Ladakh et ses paysages marsiens

La nuit tombée, nous avions beau crier pour tenter de réveiller les ouvriers que nous supposions dormir dans une tente que nous apercevions, personne ne donna signe de vie.
Nous réfléchîmes alors à la logistique à mettre en place pour permettre à chacun de traverser dans les meilleures conditions. Cela me rappelait le casse tête du choux, de la chèvre et du loup devant traverser la rivière, sauf qu’ici nous ne risquions pas de nous dévorer les uns les autres mais plutôt de rester bloqués faute de force dans les bras pour tirer la tirolienne.
Khenrab, l’expérimenté, traversa donc en premier.
Nous tirâmes ensuite le cable-car pour qu’il revienne sur notre rive. Mais celui-ci resta coincé en plein milieu de la rivière, Anne-Sophie David et moi avions beau tirer de toutes nos forces, il nous opposa une très forte résistance, il n’y avait aucun moyen de le faire revenir vers nous, et là c’est le drame ! Un caillou avait dû se coincer entre la poulie et le câble. D’autre part nous n’avions aucun moyen de communiquer avec Khenrab en raison de la distance il n’entendait pas ce que nous lui criions et ne pouvait nous faire parvenir ses instructions. Par chance un paysan accompagné de ses poneys approcha. Il nous aida et réussi à débloquer le cable-car. Anne-Sophie et moi embarquèrent alors. La traversée se passa bien grâce aux bras de Khenrab qui nous tirèrent vers le bord. Il ne restait plus que David, il suivit donc les instruction de Khenrab et se lança dans la traversée. Manque de bol, lui aussi resta bloqué en plein milieu et nos efforts pour le tirer vers nous restèrent vains. Peu motivé pour une nuit à la belle étoile au dessus du fleuve il fini par réussir à débloquer le cable-car et nous rejoignis sur la terre ferme.
La pression du passage du cable-car redescendue il nous restait une heure de marche dans le noir pour rejoindre Chilling.

Faut-il se méfier des « coup de lune » ?

Orage dans la marka vallée
La lune notre meilleure alliée, photo prise à la tombée du jour

La nuit étant totale notre réflexe fût donc d’enfiler nos frontales et de les allumer à pleine puissance avant de nous rendre compte qu’elles n’étaient pas nécessaires. Nous pouvions en effet profiter d’un clair de lune incroyable. Les « rayons de la lune » si j’ose dire se reflétaient de parts et d’autres de la route sur les clairs flancs de montagnes nous entourant. Après quelques années de vie dans la métropole Lilloise et la mégalopole qu’est Delhi, on en arrive à oublier qu’il peut y avoir autant d’étoiles dans le ciel. Nous y voyions en fait plus clair sans les frontales et le fait de profiter d’une lumière naturelle rendait le moment encore plus magique.
Les ingénieurs que nous sommes, nous demandâmes alors s’il était possible d’attraper des coups de lune tant sa lumière nous paraissait intense….
Notre plus grand souhait aurait été d’apercevoir ses reflets de lune dans le regard d’un léopard des neiges, qu’il est possible de croiser à cette altitude. Mais nous n’avons pas eu cette chance.
Nous marchâmes sans rencontrer âme qui vive, échangeant avec Khenrab. En cours de route Khenrab nous arrêta, l’oreille à l’affût. Il venait d’entendre des pierres dégringoler de la montagne, mais marchant à une distance de sécurité de celle-ci nous ne courrions aucun risque.
Nous reprîmes tranquillement notre chemin avant d’apercevoir au loin Chilling, non pas ces lumière comme on pourrait l’imaginer à l’approche d’un hameau mais juste le profil familier des montagnes.

Nos hôtes nous accueillirent alors avec un frugale diner, se demandant certainement où nous étions passés et ayant sans doute abandonnés l’idée de nous avoir pour le dîner.


Pour aller plus loin :
Je vous invite à voir ou revoir le numéro d’Ushuaia nature “Le troisième pôle” qui a été tourné en 2004 au Ladakh et dans lequel on peut découvrir Khenrab traquant le fameux léopard.
A mon retour du Ladakh on m’a offert ce DVD, je me suis alors souvenue avoir vue l’émission des années auparavant, rêvant à de pareilles aventures, pensant certainement à l’époque que tout cela m’était inaccessible, bien loin de mon village du Nord de la France. Je n’aurai certainement jamais pensé qu’un jour je rencontrerai ce protecteur des léopards des neiges, que je vivrais dans sa famille, que je travaillerai sur un de ses projets et surtout qu’il deviendrait un ami et l’une des personnes que j’estime le plus.
Et pourtant avec de la chance, au grès des rencontres tout ça est bien arrivé.
Tout ça pour dire : continuer de rêver!!!

Ecrit le 18 décembre 2011 par helene  |  2 commentaires »

Rappel du contexte du voyage :
J’ai suivi les étudiants de mon école d’ingénieur membres de l’association « 5 sommets 5 continents » au Ladakh afin de participer à des missions de solidarité dans des villages touchés par les graves inondations de 2010.

Pour notre dernière soirée sur Leh avant de partir dans les villages, il était prévu que nous participions à la marche de commémoration des victimes des inondations (ayant eu lieu exactement un an auparavant) qui devait avoir lieu à la bougie à Leh. Mais nos informations étaient erronées et la marche n’était en réalité prévue que le lendemain alors que nous passerions notre première soirée dans les villages.
Nous sommes donc allés rencontrer les membres de l’association LSTM (Ladakh Society for Traditional Tibetan Medecin) dont la coordinatrice française, Christine travaille pour l’association Nomad RSI qui nous a permis de nous engager sur un projet de restauration des canaux d’irrigation.
Durant cette rencontre Christine a commencé par une présentation de l’association, de ses membres, ses objectifs, sa façon de travailler. Nous sommes restés absorbés par ses paroles qui nous ont fait prendre conscience de ce pour quoi on été là et du réel impact de notre action sur la vie quotidienne des Ladakhis.

L’association LSTM et son partenariat avec Nomad RSI
LSTM est une association Indienne fondée il y a un peu plus de 10 ans par des Ladakhis souhaitant promouvoir et protéger la médecine Tibétaine au Ladakh. Elle travaille en partenariat avec Nomad RSI une association présente dans les pays du Sud dont l’objectif est d’encourager la diversité thérapeutique et la préservation de l’environnement.

Présentation de l’action de Nomad RSI au Ladakh

Concrètement Nomad RSI a soutenu LSTM dans la création d’une école de médecine Tibétaine (dont les médecins sont appelés Amchi) à Leh dont le principal objectif est d’assurer l’accès aux soins à toutes les populations, même dans les villages reculés. Les seuls médecins qui exercent un mode de pratique à l’occidentale se trouvent sur Leh et se déplacent peu ou pas dans les villages. Tout cela :
- En formant des médecins aux méthodes de diagnostique, à l’hygiène et à la prévention ;
- En formant les médecins à la culture et préservation des plantes médicinales ;
- En responsabilisant les populations à la sauvegarde de leur culture et les impliquer socialement ;
- En permettant à des jeunes de tout milieux de suivre les longues études de médecine tibétaine. Christine nous a d’ailleurs fait part de l’histoire d’un jeune musulman Ladakhi qui souhaitait à tout pris faire des études de médecine Tibétaine bien que cela ne faisait pas parti de sa culture, malgré les problèmes logistiques liés au fait qu’il vivait totalement à l’écart des autres (les musulmans et bouddhistes ne peuvent partager de repas commun et les musulmans ne pouvant manger ce qui a été préparé par un bouddhiste) ses études se déroulaient plutôt bien. Malheureusement elles ont pris fin suite à des problèmes de santé de son père qui l’ont obligé à retourner dans son village pour s’occuper de sa famille.

Rencontre avec l’amchi Karma Chodon
Christine a ensuite laissé la parole à Karma Chodon une timide amshi Tibétaine professeur dans cette école afin qu’elle nous en dise plus sur sa pratique.

ruelles Leh Ladakh
Karma Chodon, Amchi Tibétaine

Parfaitement à l’aise dans son élément cette fille de réfugiés Tibétains a tenté de nous vulgariser ce qu’est la médecine Tibétaine. J’avoue que celle-ci a encore bien des mystères pour moi. Ce type de médecine est fondé sur l’équilibre des humeurs circulant dans le corps et en relation avec l’environnement.
La maladie serait due à un déséquilibre de 3 humeurs : rLung (vent, flux subtil, lié à l’élément air, il porte les mouvements du corps, de la parole et de l’esprit), mKhris-pa (bile, lié à l’élément feu, équilibre la thermorégulation, intervient dans la digestion), et Bad-kan (phlegme, lié à l’eau et à la terre, maintient la souplesse des articulations, contribue à mélanger les aliments dans l’estomac).
Les méthodes de diagnostic consistent en l’écoute du patient, en la prise de son pou et en l’observation de sa langue. Les consultations sont gratuites, seuls les médicaments réalisés à base de plantes médicinales sont parfois facturer quelques roupies.
Après ce petit cours nombre d’entre nous a souhaité prendre rendez-vous avec Karma pour un bilan de santé.
Je vous invite à lire le beau portrait de Karma parut dans un magazine féminin.

Présentation du projet “canaux d’irrigation”
Suite à cela Christine nous a fait un topo sur l’origine du projet « canaux d’irrigation » et ses objectifs.
Ce projet a été pensé par Gonbo un membre de l’association LSTM dont le village a été sévèrement touché par les inondations d’aout 2010. La rivière qui passait dans son village est sorti de son lit noyant au passage les champs des paysans et détruisant les canaux d’irrigation. Malgré la décrue la rivière n’a pas repris son cours initial et des paysans avaient donc perdus toutes leurs ressources.
L’idée de se projet en deux phases était donc de dévier à nouveau la rivière (ce qui a été réalisé par des ouvriers venant du Népal) et de reconstruire les canaux d’irrigation (ce sur quoi une partie de notre groupe est intervenu).

Dernière soirée à Leh : commémoration des inondations
Après cette enrichissante après-midi nous avons continué la soirée par une balade dans les rues de Leh.
J’y ai suivi l’appel du son de tambours qui m’ont emmené dans un temple Tibétain où avait lieu une commémoration en mémoire des victimes des inondations. Un moine m’ayant fait signe d’entrer j’ai donc retiré mes chaussures pour enjamber les gens assis en tailleur à même le sol et aller m’assoir auprès d’eux.
Le temple été plein à craquer, rempli de ladakhis d’un côté en civil, de l’autre dans leurs habits de moines. Au centre un jeune moine récitait la prière. N’ayant aucune base de Tibétain et qu’un unique mot de Ladakhi dans mon vocabulaire je n’ai rien compris à ce qui se disait. Néanmoins, même si je me suis sentie un peu seule au milieu de tout ces gens aux yeux bridés, je me suis contente d’avoir eu le privilège de partager ce court moment avec eux.

La nuit s’est terminée à l’hôtel pour une dernière soirée tous ensembles avant de nous séparer en trois groupes sur nos chantiers respectifs.
Cette soirée a été animée par quatre anniversaires, l’au-revoir et les remerciements à Jampa notre accompagnateur et par un dernier émouvant débrief’ qui a donné la larme à l’œil à bien plus d’une personne.

ruelles Leh Ladakh
Alexandre, Jampa, Khenrab, Aurélien

A bientôt les amchis!

Ecrit le 13 novembre 2011 par helene  |  Pas de commentaires »

Rappel du contexte du voyage :
J’ai suivi les étudiants de mon école d’ingénieur membres de l’association « 5 sommets 5 continents » au Ladakh afin de participer à des missions de solidarité dans des villages touchés par les graves inondations de 2010. Après 4 jours de route à partir de Delhi nous nous arrivions à Leh.

Après notre arrivée dans la capitale qu’est Leh nous avons passé 3 jours sur place afin de nous reposer, de nous acclimater et de nous plonger dans la culture Ladakhis avant de partir travailler dans les villages. L’une des meilleures façons de se plonger dans cette culture est d’en découvrir les lieux de culte et d’apprentissage que sont les monastères (gompa) qui foisonnent dans la région.
Voici donc un aperçu de nos visites monastère par monastère.

Shey
Sous un soleil de plomb notre première visite nous emmena à 15 kilomètres à l’Est de Leh, à Shey dont le monastère fût l’ancien palais d’été du roi du Ladakh.
De l’extérieur ce monastère n’est pas le plus impressionnant de la vallée, il est même assez petit mais la pièce dans laquelle se trouve une immense statut de Boudha de 12m de hauteur vaut vraiment le coup d’œil. Le fait qu’elle se trouve dans une salle sombre et que seuls les rayons de soleil passant la porte l’éclairent la rend d’autant plus sublime et mystique.
L’intérêt de la visite de ce temple réside également dans le fait qu’il permet d’avoir une vue magnifique sur la vallée dont les terres ont été rendues fertiles par le passage de l’Indus. On peut également observer de nombreux chortens d’un blanc éclatant.

ruelles Leh Ladakh
Entrée du palais de Shey

ruelles Leh Ladakh
Bouddha

Hemis
Le grand monastère d’Hemis, contrairement à celui de Shey accueille toujours des moines, petits et grands.
Pour ce rendre dans ce monastère coincé dans une gorge 40 km de route sont nécessaires, sur le chemin on peut croiser quelques yacks ayant profité de l’été pour une petite coupe de poil.
Le monastère est très impression de part sa taille. L’intérieur resplendi de couleurs. De nombreuses pièces peuvent être visitées.
Malgré le fait que nous étions en pleine saison touristique nous avons croisé très peu de visiteurs et avons pu profiter d’un calme apaisant.

ruelles Leh Ladakh
Hemis monastery

ruelles Leh Ladakh

ruelles Leh Ladakh

ruelles Leh Ladakh

Thiksé
Thiksé qui signifie « mini Potala » (Le Potala étant le palais du Dalai Lama à Lhassa au Tibet) est situé sur une colline à 25 km de Leh. Il abrite toujours une centaine de moines.

Il est intéressant de noter que beaucoup des monastères construits au Ladakh sont en fait des reproductions de monastères Tibétains détruits durant l’invasion chinoise et la révolution culturelle. Des moines ont alors fuit le Tibet emportant avec eux souvenirs et dessins de leur monastère.

ruelles Leh Ladakh
Le petit Potala

Ce monastère fût l’un des plus vivants que nous avons visité. Nous avons notamment pu tomber sous le charme de petits moines s’amusant dans les allées.

ruelles Leh Ladakh

A la sortie du monastère c’est encore de très belles couleurs qui nous ont été offertes par le couché du soleil.

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Forteresse de Basgo:
Située à 50 kilomètres de Leh, s’y rendre nous a permis de découvrir à quel point le Ladakh est une région désertique.

ruelles Leh Ladakh
Route désertique

Heureusement les fleuves Indus et Zangskar irriguent et fertilisent les terres les rendant cultivables et donc vivables pour les quelques 100 000 habitants du Ladakh.

ruelles Leh Ladakh
Confluant de l’Indus et du Zangskar

Malheureusement ces fleuves peuvent aussi se retourner contre les populations comme l’année dernière où, après de violentes pluies de mousson (qui ne touchent habituellement pas cette région), l’Indus est sorti de son lit dévastant tout sur son passage.
Un an après les dégâts sont encore visibles.

ruelles Leh Ladakh
Dégâts des inondations de 2010, exactement un an après

Cette bâtisse moyen-âgeuse est considérée par l’UNESCO comme un site en danger. C’est en effet une ruine datant du 11ème siècle

ruelles Leh Ladakh
Basgo

Likir
Likir est le dernier monastère que nous avons visité. Il abrite une immense statue de Boudha observable quelques kilomètres avant l’arrivée sur le site.
A l’intérieur nous sommes tombés sur un moine qui nous a aimablement offert du thé.

ruelles Leh Ladakh
Likir

Après les visites de tout ces monastères, je ne ressentais plus le besoin de “courir” partout visiter les moindres recoins de la bâtisse. Je me suis alors installée dans une cour, profitant des doux rayons du soleil de la fin de journée et de la beauté du lieu et des paysages que l’on pouvait observer par de petites lucarnes.

ruelles Leh Ladakh
Instants de plénitude à Likir

Ecrit le 6 novembre 2011 par helene  |  Pas de commentaires »

Rappel du contexte du voyage :
J’ai suivi les étudiants de mon école d’ingénieur membres de l’association « 5 sommets 5 continents » au Ladakh afin de participer à des missions de solidarité dans des villages touchés par les graves inondations de 2010. Après 4 jours de route à partir de Delhi nous arrivions à Leh.

Déjà lors de mon premier voyage en Inde j’avais du mal à me dire que ce pays se trouvait sur la même planète que le mien. Comment la vie peut-elle être si différente à juste 6000 kilomètres ? Comment peut-on en 8h d’avion se retrouver dans un endroit dans lequel les valeurs sont si différentes et nos repères chamboulés ?
Pour répondre à cette question, la philosophe que je ne suis pas, ne peut s’empêcher de citer Kant dont l’énoncé « Plusieurs mondes actuels en rapport d’extériorité réciproque ne sont pas impossibles en vertu de leur concept même» s’applique très bien à mon ressenti de voyageuse en Inde.

En tous cas, quoi qu’en pense Kant, au bout de 4 jours de route dans un nomansland ces questions trouvent d’elles même des éléments de réponse. Passant de la mega-megalopole qu’est Delhi au villes et villages indiens de moindre taille puis s’enfonçant dans les vallées himalayennes presque vierges et leurs hauts-plateaux, ce trajet peut être considéré comme une zone tampon dans laquelle on oublie un peu d’où on vient, où l’on peut s’adapter, non pas seulement aux conditions géographiques, mais aussi et surtout aux conditions culturelles. Il permet de se préparer à découvrir un autre monde et au fait d’être totalement déconnecté.

Arrivé dans la vallée de Leh, on a l’impression d’atterrir dans un royaume imaginaire incroyablement paisible.
Malgré le fait que nous arrivions de nuit j’avais déjà la sensation que cette région n’était comparable à aucun endroit que j’avais déjà pu voir.
L’inde est un pays composé d’une multitude d’états et d’encore plus de peuples aux cultures particulières mais parmi les régions que j’avais pu déjà visiter je n’avais jamais eu cette impression de changer de pays. Je n’avais plus l’impression d’être en Inde, mais celle d’avoir franchi une frontière culturelle, dont les nombreux cols franchis faisaient offices de checkpoints naturelle.
J’étais doublement dépaysée. Dépaysée par le fait d’être en Inde et dépaysée par le fait d’entrer à nouveau dans un territoire bien particulier. Pourtant je n’avais pas encore fait l’expérience du mode de vie Ladakhi et n’en avait qu’aperçu les contours.
Il ne m’avait été jusqu’alors possible que de distinguer le bord des routes, les hameaux à l’architecture Tibétaine, les habitations qui parfois éclairées de l’intérieur nous laissaient entrevoir un petit bout de vie des familles Ladakhies.
Les paysages nocturnes étaient eux marqués par la vision des stupas d’une blancheur éclatante révélée par clair de lune.

Cela va peut être vous sembler bizarre mais ce qui m’a le plus marqué en arrivant, était le fait que les routes soient bordées de murets et d’arbres rigoureusement alignés !
Alors que dans l’Inde que je connais, les routes, quand on peut appeler ça des routes, qui traversent les villes sont plutôt anarchiques, les murets sont remplacés par les déchets et les arbres par des poteaux électriques desquels tombent des dizaines de câbles tels des drapeaux à prières.
Mais le meilleur restait à venir, le lendemain quand le soleil lèverait le voile sur ce petit monde délimité par d’immenses montagnes.

Le lendemain matin, sous un ciel bleu les paysages et l’urbanisme Ladakhi s’offraient donc à nous.
La découverte du centre de Leh rappelait, dans une moindre mesure, l’anarchie indienne, particulièrement en raison des ruines encore visibles suite à la terrible inondation de 2010 (celle qui en quelque sorte m’a amené ici), mais aussi en raison du fait qu’on y retrouve les mêmes opérateurs téléphoniques qu’à Delhi, les mêmes banques, les mêmes boutiques attrape-touristes. Mais quitté le centre ville on se retrouve tout de suite dans « un village » fait de ruelles extrêmement calmes et dont les toits des maisons sont recouverts des provisions de fourrage pour l’hiver, on peut y croiser de vieux Ladakhis déboulant tout droit d’un autre temps.

ruelles Leh Ladakh
Ruelles de Leh

Leh Ladakh

Leh Ladakh

Sorti de ces étroites ruelles on peut apercevoir la verdure des champs et si on lève un peu plus les yeux, le désert, les montagnes et la neige à leur sommet.

montagne desert Leh Ladakh
L’horizon de Leh

Forteresse de Leh
Le Dzong de Leh

Et croyez-moi, tout ça pour une seule paire d’yeux ça fait beaucoup !!

Ecrit le 31 octobre 2011 par helene  |  2 commentaires »