Helene Colpin en Inde!!

Catégorie ‘Voyages (Himalayas-Inde)’


Cet article résume ma formidable rencontre avec le très grand photo-reporter Reza.

Je n’ai pas envie de parler de cette rencontre comme étant « La » rencontre, car Reza, qui considère qu’il n’y a pas de plus belles rencontres que celles de chaque instant, ne le voudrait surement pas. Car pour lui, en tout Homme réside toute la philosophie de l’humanité.

Néanmoins, cet homme qui donne tant d’importance à la transmission et à l’éducation est l’un des plus inspirants que j’ai pu rencontrer car justement, son envie de transmettre lui donne cette faculté de s’ouvrir aux autres avec une grande simplicité, qu’ils soient des « Massoud », des « Benazir Bhutto », des enfants turcs ou de simples étudiants français.
“Humilité” sera le maître-mot de cette rencontre. Ces Grands Hommes confirment ma théorie selon laquelle l’égo des Hommes est inversement proportionnel à leurs réalisations.

Cette rencontre eu lieu le jeudi 21 janvier 2016 à l’occasion d’une conférence organisée par des étudiants et personnels de l’INSA Centre, école d’ingénieur où j’ai suivi mes études. J’ai alors eu la chance de partager un très instructif dîner en petit comité avec Reza et quelques autres INSAiens.

Reza

Reza et moi séjournions pour l’occasion dans la même chambre d’hôte. Son arrivée dans notre auberge, accompagné de mon ami Jean-Marc, fut l’occasion de notre premier contact.
Charismatique, il était vêtu de façon singulière, un élégant gilet par dessus une chemise noire, l’appareil photo en bandoulière qu’il ne quittera jamais. Reza tel que je l’imaginais.
Ce que j’imaginais moins c’était cette bise, chaleureuse, qu’il m’offrit alors que je m’approchais timidement pour lui serrer la main.

Alors que nous nous installions pour boire un thé, Reza sortit de son sac une pile de DVD qu’il offrait à l’école en décrivant : « ça c’est le dernier film que j’ai fait avec Massoud ». Le ton était donné.
Même si je ne suis manifestement pas une combattante afghane, Reza me questionna, s’intéressa et la discussion démarra. Jean-Marc lui parla de mes récits de voyage et Reza enchaîna en nous parlant de son fils qui se lançait dans l’écriture et le cinéma.
Une anecdote lancée par Jean-Marc m’apprit que que Reza n’est pas un « techno-geek » de la photo comme la génération photoshop en sort des milliers. Le matériel a très peu d’importance pour lui pour qui la photo n’est pas une fin en soi mais “une plume qui sert aux conteurs”. J’approuve.
Selon lui un photo-journaliste doit savoir composer avec simplicité dans le but de fournir un support visuel qui rend accessible à tous la compréhension des problématiques de société et tout en glorifiant la beauté de l’humanité.

Puis les journalistes locaux sont arrivés pour une conférence de presse. Captivée, j’écoutais. Mais ma plus grande peur étant celle d’oublier et ayant à cœur, moi aussi, de transmettre, je notais les inspirantes leçons contenues dans chacune de ses paroles.

Sa relation avec les enfants qu’il photographie fut évoquée.
Les enfants sont pour lui les premières victimes de la guerre. De la guerre, les grands médias montrent surtout les militaires mais insistent pas sur le plus important : le bouleversement sans pitié de vies si précieuses, celles d’êtres humains dignes, celles d’enfants qui perdent leur paradis. Qu’un taudis ou un palace soit détruit, c’est le berceau d’une naïveté enfantine qui disparaît.
Mais de premières victimes, ils prennent rapidement le rôle de premiers Espoirs. C’est pour cela que Reza choisit de photographier non pas la violence, les morts, l’horreur mais ceux qui restent, comme ce petit afghan au regard décidé sortant de l’école avec une pousse d’arbre et à qui il demande « Mais que vas-tu faire avec cette plante ? » et qui répond, dans un environnement dévasté où même les arbres avait perdu l’espoir de s’élever, « Je vais en faire un arbre».
Et je me dis que de cette rencontre moi aussi je voudrais en faire un arbre !

La guerre, il en fut question lors de la conférence qu’il a donné à l’INSA : « La guerre de l’énergie ou l’énergie de la guerre ». Un sujet excellemment bien amené au travers de ses photos prises au Moyen-Orient, en Asie Centrale et par delà. Une conférence qui a donné l’espoir qu’un jour, lorsque tous les citoyens auront accès à une information non biaisée, ils comprennent qu’un choc des cultures nous menant inévitablement au choc de la guerre n’est que chimère. Qu’ils comprennent que les racines de la violence tiennent en une manipulation de la souffrance au profit de ploutocrates visant à déstabiliser les états. Qu’ils se lèvent contre les véritables barbares, ces chantres du pouvoir, de l’égo et de l’argent.

De la guerre à l’humanitaire
L’une des photos bien connue de Reza, celle de Yasser Arafat observant le front à travers une fente de bunker, il l’a prise en prenant seul le recul que fuyaient des hommes courant tous dans la même direction.
Ce recul utile aux prises de vue, Reza l’a aussi dans ses prises de position. Puisque, depuis ses premières photographies, il a compris que ce média pouvait, faire passer des messages fort mais surtout permettre à tous de trouver un support d’expression à des pans de la société en mal d’identité et de créer un lien entre Hommes qui ne se serait jamais côtoyés autrement qu’à travers ces images.
Ainsi, il consacre 50% de son temps pour des œuvres à vocation humanitaire et éducative. Ses intelligents programmes de formation à l’expression par la photographie dans les « banlieux » dites difficiles comme au Mirail à Toulouse ont permis de faire se rencontrer des populations qui par manque d’ouverture ne se seraient jamais rencontrées.

De part ses engagements, Reza met en œuvre son optimisme, c’est pourquoi il utilise les regards de ses sujets comme une fenêtre sur l’espoir. Il considère que c’est en montrant la beauté qu’il y a en chaque Homme, en chaque lieu, il met le mieux en avant l’absurdité de la souffrance et la nécessité de travailler à son abolition.
Mais il n’y a pas qu’à travers son viseur que Reza voit du bon en toute chose. Il est assez incroyable d’entendre un homme raconter ses multiples arrestations par le savak, la police secrète du Shah d’Iran, son emprisonnement et la torture sans colère ou haine. Au contraire, de sa première arrestation alors qu’il avait 16 ans, il garde les encouragements d’un père qui, bien qu’apeuré lui aura donné la volonté de continuer sa bataille. Des ses trois années passées dans les geôles du Shah d’Iran, il garde l’ouverture d’esprit et la culture que lui ont transmit ses codétenus, grands intellectuels pour la plupart, et dont les connaissances constituaient une menace pour un régime fondé sur l’ignorance.
C’est d’ailleurs en prison que Reza a appris le français.
Parce qu’un camp de réfugiés regroupe parfois des milliers de personnes, Reza les voient comme une formidable opportunité de rassembler pour instruire et former pour qu’une fois la guerre terminée ces Hommes repartent avec un bagage contre l’obscurantisme.

Voilà les grandes lignes de ce que j’ai pu ressentir et apprendre durant quelques heures au contact de Reza. J’en retiendrai que, sous couvert de bonté, il faut aller au bout de ses convictions et que rien ne doit nous laisser douter qu’il existe partout dans le monde d’une humanité formidable à laquelle il est nécessaire de s’ouvrir.

Je terminerai par un grand bravo à l’association R3 de l’INSA qui a travaillé à mettre en place ce cycle de conférence! Chapeau!

Ecrit le 24 janvier 2016 par helene  |  1 commentaire »

Le récit de mon Skye Trail est en ligne au format Roadbook sur le site du Yeti.

1er partie : info pratiques
2e partie : le récit
3e partie : une partie de la checklist

Ecrit le 3 octobre 2015 par helene  |  2 commentaires »

Si les touristes, cette catégorie de voyageurs dont nous nous excluons toujours alors que nous même en constituant la masse, se hâtent, à l’entrée des mêmes lieux je ne veux pas croire que cela soit par instinct grégaire. C’est pourquoi, dans le déroulement de ce dimanche, j’avais laissé un peu moins de place au hasard pour en faire davantage au socle culturel commun que se doivent d’avoir les visiteurs d’Istanbul. J’imaginais les files d’attentes de ces « incontournables », comparables à celle de l’incroyable déferlante de passagers qui allait se briser contre les barrières des agents de l’immigration à l’atterrissage à Istanbul.
Il n’en fut rien.

Quittant mes dormeuses du monde à 8h, je traversais, c’était presque devenue une routine, l’avenue Istiklal, pas encore remise de sa nuit blanche, afin d’attraper un Tünel , funiculaire souterrain. A son bord, un père plaisantant avec ses deux garçons, un jeune homme à l’allure littéraire et un petit rouquin, doux et amical, usager surprise venu quémander des caresses et mettre sur de tendres rails notre rame. Peut- être ce chat avait-il un IstanbulKart sous la peau ouvrant les portiques du métro à son passage.

Personne ne semblait avoir envie de chasser l’animal, même si le remord me prenait de le savoir devoir remonter difficilement la pente de Galata, rendu saoul par un trop plein d’oxygène si près du niveau de Marmara.

Mais ce chat métropolitain semblait avoir ses habitudes, ainsi, lorsque que la sonnerie indiquant l’imminente fermeture des portes retentie il se précipita vers la sortie. Dommage pour lui, les restes du marché aux poissons du pont de Galata lui auraient rempli l’estomac pour la journée.

Il était 9h pile, l’heure d’ouverture des grands monuments, quand j’arrivais à l’entrée de Sainte Sophie, Aya Sofya de son vrai nom, ce qui n’a rien avoir avec une quelconque sainte que ce soit.
Sans attente, je pu pénétrer sous sa monumentale et scintillante coupole.
A l’intérieur, deux chats volaient la vedette aux mosaïques.

Ces derniers étaient, tout à leur aise, équipés de leurs pupilles à géométrie variable. Grâce à elles, ils profitaient du scintillement discret des tesselles dorées qui répondaient aux rais de lumière émanant de lustres gigantesques. Leur agilité leur rendait accessibles des mosaïques cachées derrières les échafaudages de cette basilique-mosquée-musée.

youhou!

Les travaux de restauration semblent être constants au sein de “La Grande Eglise”, les phénomènes sismiques, comme ceux du temps risquant de mettre à mal l’équilibre d’une esplanade dont le cœur balance entre la Mosquée Bleue et la Basilique Justinienne.

Bien qu’elle soit toujours en activité religieuse, en dehors de Fajr, Zuhr, Ars, Maghrib et Isha, les cinq prières quotidiennes, la mosquée bleue perd son aura sacrée. Nous, les touristes trimbalons de disgracieux sacs plastiques contenant les chaussures non autorisés à fouler les moquettes. Nous brandissons des dizaines d’appareils photos à la manière d’une main qui chercheraient à agripper la beauté du lieu qui lui filerait irrémédiablement sous les doigts. Parfois ces capteurs à souvenir pointaient au bout de perches à selfie, ces bras de Narcisse s’employant à lier des centaines de visages à des lieux centenaires.
Les suivre du regard me mena au palais Topkapi.

De la pointe du Sérail, le palais de Mehmet II domine le Bosphore. Beyoglu, Eminonu, Uskudar, Moda doivent alors refreiner leur pudeur contraints aux regards lancés depuis ses jardins. Sans aucun doute, bien agréables en été, ils offrent une prise au vent qui ne laissa aucun répis à mes mains au bord des engelures. Heureusement, les nombreuses salles d’exposition abritées dans les anciennes annexes du palais me permirent d’éviter l’amputation. Je me découvris alors une passion, tout à fait opportuniste, pour les horloges ottomanes, particulièrement celles disposées au dessus des bouches crachant un air chaud revigorant.
J’appréciai également la vue des sabres dont les fers ont croisés des lignées entières de Mehmet et autres sultans. Leur garde était bien plus originalement sculptée que celles de mes armes d’épéistes du 21ème siècle.

Mon devoir de touriste accompli, il était temps de reprendre mes pérégrinations semi-hasardeuses. Je sortis donc une carte, et un homme me demanda, donc, si j’étais perdu. Quelle blague! Etait-ce une réelle naïveté de la part de cet homme ou était elle feinte pour mieux m’aborder ? Comment pourrait-on être perdu, au beau milieu de Sultanameth, alors que les minarets de la Mosquée Bleue et de Sainte Sophie tendaient une toile où se projetaient les images d’un orient aux portes de l’occident rêvées par tant de touristes.

youhou!

Je cherchais juste à me rendre, un peu plus efficacement qu’à mon habitude, dans les quartiers de Fener et Balat. Bien évidemment, l’histoire se répéta et, quittant les larges et ennuyeuses avenues, je finis par me dans des ruelles trop insignifiantes pour la masse pour voir leur nom sur mes plans photocopiés du Routard.
Mais je me sentais béate dans ces “soka” déclives qui mettaient en perspective les volets métalliques et les enseignes colorées d’échoppes en repos dominical. Les murs semblaient façonnés des mêmes brique rougeâtres que les murailles de la vieille ville, que je n’oserais nommer Constantinople tant ce nom semble onirique.

youhou!

Mais à quelques détours de là, le béton gris, le béton sale, les avait remplacé, peinant à se distinguer d’un ciel qui jetait un voile morne sur Istanbul. Mais un béton plein de vie, un béton plein de babioles à la recherche d’acheteurs compulsifs. Au milieu des jeans, robes et foulards pendant des vitrines, je ne savais où donner de la tête, j’avais perdu mes repères au point de retomber sur mes pas à chaque tentative de trouver mon chemin dans ce labyrinthe

Non loin de devenir complètement folle, j’aperçu enfin l’esplanade familière d’Eminonu, son port, sa très forte odeur de poissons, qui n’était pas liée à la présence d’un marché de pêcheurs mais à celle des troquets flottants à l’allure de bateaux pirates à l’abordage de touristes las des kebabs avec leur sandwich au poisson, et ses marchands aux éventaires fournis de toutes sortes de beignets huilés et sirupeux. En retrait des vagues de touristes échouant, comme moi, dans ce port un improbable presseur de grenade tirrait sa charrette à bras et me permis d’étancher ma soif d’un doux jus pour une pauvre turkish lira avant de tenter une nouvelle fois de me diriger vers Fener. Longer les rives bétonnées et embouteillées de la Corne d’Or me semblait alors la chose la plus simple à faire. Ce fût aussi la plus désagréable. L’esprit dans le gaz d’échappement, je repris conscience lorsqu’une petite fille, couverte de poussières, telle que sortant des ruines d’une société humaine reposant sur les instables fondations des inégalités, me demanda quelques liras.
Sans réussir à atteindre Fener, c’est ainsi ou presque que se termina mon première aperçu de la ville au dessus de laquelle le ciel profite des minarets comme d’autant de points d’acupuncture destinés à soulager les tensions d’une mégalopole stressée par son envie de retrouver son importance antique, au coeur de la globalisation.

Ecrit le 6 mai 2015 par helene  |  1 commentaire »

Quittant l’auberge de bon matin, je retourne sur les pas qui m’avaient menés la veille de Taksim à Istiklal.
TAKSIM, cette place qui évoque un lieu de partage, un lieu habité de revendications et de rébellions écologico-sociales, n’est finalement qu’une triste et morne étendue de béton, de jour comme de nuit. L’espace médiatique, justifié, qui fut le sien dans les lignes éditoriales de 2013, n’est en rien comparable avec sa surface physique.

De Taksim je rebrousse alors chemin du direction Galarasaray, suivant les rails plats du tramway qui, dans les années 90, après près de 25 ans d’absence, a repris les rails alors que la pollution prenait dangereusement son service dans la ville eurasienne.

youhou!

Mais cette avenue Istiklal je la connais presque déjà par coeur, à moins que ça soit juste une impression liée à la présence des mêmes boutiques que dans ses homologues piétonnes de Lyon, Lille ou New Delhi.
Je passe donc ma tête, et ma curiosité, dans les nombreux “Pasaji”, ces traboules stambouillottes, qui font passer des néons racolant des multinationales à la main d’oeuvre bangladeshies à l’atmosphère plus feutrée des charbons à narguillés.

youhou!

Des rues et ruelles de traverses me font me perdre dans les rues plus résidentielles qui l’entourent. Le quartier Beyoglü et un repère de matous. Des matous, qui, de leurs délicats coussinets, rodent en respectant la quiétude des grasses matinées des noctambules encore dans leur oreillers.
Dernière ses palissades, aperçois le somptueux palais de France, privilégié au milieux de son jardin dans cette faune de béton.

youhou!

De l’avenue commerçante aux ruelles résidentielles je finis dans une rue pavée qui descend vers Galata mais dans laquelle s’élèvent des notes de musiques en tout genre. Me voilà dans la rue qui doit fournir une bonne partie des musiciens animant l’Istiklal Cadesi. Je saute de boutique d’instruments de musique en boutique d’instruments de musique comme on se déplace sur une portée de notes en notes, quelques boutiques souvenirs en guise d’altérations. Il a là toutes sortes de cordes tendues le long de magnifique lutherie que je rêverais de ramener dans mes bagages : oud, bouzouki, saz, kemence… et même des guitares de grandes marques américaines. Je me délecte de cette ambiance musicale en sirotant le vivifiant jus d’une grenade fraîchement pressée.
L’esprit emmêlé dans toutes ces cordes je tombe nez à nez avec la tour Galata de plusieurs siècles l’ainée de ses voisins d’immeubles.
L’attrape touristes est en marche, me voilà qui débourse 25 Lires pour voir la vie Stambouillote de soixante mètres plus haut. La prise de hauteur est aussi une prise de conscience, celle de l’étendue incroyable de la ville. Dans un sursaut de réalisme je comprends que mes ambitions de découverte du tout Istamboule ne seront pas réalisables.

youhou!

Au pied de Galata, j’embarque dans un “vapur”, ces bateaux dans lesquels on saute comme dans des métro qui relieraient deux continents. Mais où vogue ce bateau ? J’ai oublié de me poser la question avant d’y monter, il m’emmène vers l’Asie c’est tout ce que je sais. Je débarque à Usküdar. Le climat asiatique n’est pas plus favorable que l’européen. Un vent glacial fait de mes doigts et orteils des membres fantômes, comme s’ils étaient partis occuper les décombres de l’unique maison en bois dite de style ottoman observée sur la digue, dont les rideaux déchiquetés évoquaient une demeure hantée. Du Bosphore je me rends vers la mer de Marmara pour atteindre un point de vue sur la tour de Léandre.

youhou!

Pour échapper au vent je m’engouffre dans les ruelles que sa furie empêche de pénétrer. Dans ce recoin isolé d’Uskudar, les boutiques se font plus pratiques que touristiques, les quelques Kebab ouvrant à peine leur rideau semblent étonnés de mon passage et se hâtent de sortir leur chevalet de trottoir pour me dépeindre leur menu.

L’allure vestimentaire des habitants d’Uskudar est un peu moins bohème, un peu moins occidental, les femmes plus souvent voilées. Uskudar serait en effet la partie la plus conservatrice de la rive asiatique. Pour la première fois de mes pérégrinations stambouillottes je croise de nombreuses familles semble-t-il sans domicile se donnant à peine la peine de mendier mais donnant peine à voir, recroquevillées à l’abri du vent, soutenant leurs enfants grelottants, épuisés, blasés.

youhou!

Je ne sais dans quelle direction aller et gelée je ne prends plus plaisir à vagabonder. Je prends le premier vapür venu pour faire escale à Eminonü, le point de rassemblement des touristes se rendant à Sultanahmet. Je me lance le défis de rejoindre Sainte Sophie à pied pour la visiter avec la fermeture mais je réalise une nouvelle fois que les distances sont immenses et finis par déambuler au hazard jusqu’à ce que les portes du Grand Bazard m’offrent de pénétrer dans une atmosphère caligineuse et fruitée qui donnerait presque à l’anti-clope que je suis l’envie de me fumer une shisha. Je dois zigzaguer dans les allées pour éviter les “serveurs de feu” dont les plateaux sont chargés de charbons ardents ou les vendeurs de jeans dans les avenues de la contrefaçon.

youhou!

L’allée adjacente est plus paisible dans ses vieilles pierres qu’on n’oserait déranger.

Je m’aventure à l’orée d’une mosquée. Sans me prêter attention, les femmes continuent leurs bavardages et les hommes leurs wudu , ablutions qui purifient le corps avant de purifier l’esprit.

youhou!

La vue de ces femmes me rappelle celle d’une autre femme. Voilée des pieds à la tête, elle était venu s’asseoir juste à côté de moi sur le pont du vapür, pourtant désert, qui nous faisait changer de continent. Sur un carnet aux dimensions lilliputiennes, d’une encre couleur Islam, elle écrit plusieurs pages qu’elle fini par offrir à la mer. Son agitation était telle qu’elle les avala immédiatement. Les deux dauphins qui faisaient la course avec notre bateau quelques instants auparavant en étaient-ils les destinataires ?

La suite bientôt!

Ecrit le 12 avril 2015 par helene  |  3 commentaires »

Même si les moghol qui ont laissé leur marque à Delhi sont à l’origine des princes turcs, je ne chercherais pas de liens alambiqués entre Delhi et Istamboul pour justifier de la présence de cet article dans ce blog. Je ne me voyais juste pas acheter le nom de domaine Istanbulsjungle.com juste pour évoquer ce court séjour (quoi que d’autres suivront surement).

Voilà des mois, voir des années qu’un Géo spécial Istanbul bien rangé dans ma bibliothèque entre deux revues Long-Cours tentait de m’attirer aux confins cette Europe, Avrupa comme on l’appelle là bas, qui se fiche pas mal qu’un détroit, aussi beau et fort, soit-il veuille remettre en cause sa qualité de continens terra.
Les argentiques, fascinants, du Lyonnais Paul Veysseyre exposés au café Afghan des pentes de la Croix-Rousse et son récit, amoureux, d’une ville décrite telle une idylle a définitivement fait d’Istanboul une ville où j’allais aller traîner mon sac à dos.

L’envie irrépressible d’avoir quelque chose à découvrir, sans préjugés, présupposés, perspectives autres que celles d’avoir un nouveau sujet sur lequel disserter, une ambiance à photographier, tout simplement des choses à partager, celle de rêver plutôt que de planifier m’a compulsivement amené à acquérir un permis de rêver, ce bout de carton qu’on appelle communément “billet” car même le rêve se monnaie. C’est donc ainsi que, le vendredi 6 mars 2015, la routine était cassée.

Vendredi 6 mars 2015 - Vol vers le levant pour un couché enthousiasmé

Une dizaine de minutes après le décollage et durant plus d’une heure nous survolons les Alpes sans obstacle à l’éblouissement que provoquent les glaciers et neiges fraîchement tombées. Le Mont-Blanc y impose sa majesté et trône au milieu de ses prétendants suisses, italiens et français.

L’arrivée sur Istanboul se fait, au contraire, la tête dans les nuages et cela malheureusement au sens propre. Mais la météo peu clémente n’empêche pas d’incessantes vagues d’avions de déverser un flot continu de passagers dans le gigantesque aéroport Attatürk.
Les traits observés sont en majorité étrangers. Des touristes de toutes latitudes se retrouvent à faire la queue aux contrôles de l’immigration. Leur entrain ne semble pas freiné par l’accueil toujours blasé des policiers trappés dans leur guérite de verre blindé. Le mien non plus, il m’emmène avec hâte à l’extérieur de l’aéroport, humer pour la première fois l’atmosphère turque à la recherche de l’entrée du métro qui me permettra de rejoindre la très symbolique place Taksim.
Sans repère linguistique, l’achat de mon Istanbulkart, l’équivalent stambouillote de la Oister Card de la ville-monde britannique, n’est pas si simple, l’automate ne cesse de me répéter quelque chose que visiblement je n’arrive pas à capter. C’est là l’occasion de mon premier contact avec un stambouillote, qui très courtoisement m’aide à finir avec cette opération pourtant pas bien compliquée.
Près d’une heure plus tard, une heure à compter les minarets, je sors de la station Taksim dans le noir complet d’un début de soirée de fin d’hiver. Déception, la place du partage est sans vie. Les gens se dirigent tous dans la même direction, celle de l’avenue Istiklal où la trêve hivernale semble déjà laisser place aux soirées printanières. Quel contraste avec les abords de la place Taksim, un boucan impressionnant porte et répand une ambiance festive et conviviale dans une foule qui malgré sa mixité sociale et culturelle forme une même masse, happant même le voyageur le plus solitaire.

Alors que résonne l’appel à la prière du muezzin, un bout de patrimoine défile sur des rails. Ce vieux tramway reliant Taksim au Tünel déboule tirant un groupe de rock local qui à son passage brouille les ondes moins amplifiées des nombreux musiciens qui, de leurs cordes plus ou moins traditionnelles, contribuent à l’ambiance exceptionnelle de l’avenue.

youhou!

Observant ébahie cette ambiance inattendue, pour une lire turc, je picore un simit, petit pain au sésame trimbalés de long en large de l’avenue sur les éventaires des marchands.
L’ambiance est à la fête et mon estomac me réclame d’y être intégré. Je me pose donc un Konak kebab, une chaîne de restau kebab plutôt classe pour y déguster une brochette de viande de mouton hachée épicée reconstituée en une brochette dénommé “adana kabab”. Necati, mon serveur anime mon repas. Tout en gardant de la distance me fait la conversation, à chaque fois qu’il a l’occasion de passer devant ma table. Cependant il profitera de la note qu’il devait m’apporter pour raccourcir cette distance et sans détour me proposer qu’on se retrouve dans un “Night Club” de Taksim…! J’avais lu que les turcs étaient très dragueur mais je ne m’imaginais pas avoir un rendez-vous (que j’ai évidemment refusé) au bout de 2 heure dans la ville.
De toute façon, à la sortie de ce restau, mon ventre plein était bien trop rebondi pour que je puisse danser sur quelque musique que ce soit.
Je rentrais dans mon auberge de jeunesse faire la connaissance d’Elisabeth, une jeune australienne ayant décidé de prendre un peu l’air en “Europe de l’Est”. Mon autre colloc d’un weekend, une californienne tentait de dormir malgré nos bavardages. Même si je prends beaucoup de plaisir à voyager avec des gens qui me sont chers, je dois avouer que j’en prends tout autant à voyager seule, les rencontres sont souvent plus spontanées.
Les différences et ressemblances amenuisent les distances.
Bref, on découvre des sourires amicaux et solidaires dans un voyage en solitaire.
Cette première soirée à Istanboul m’a comblé. Déjà je suis sur que je ne regretterais pas le voyage.

Voilà pour l’intro, la suite bientôt!

Ecrit le 26 mars 2015 par helene  |  2 commentaires »