Voilà un second article complétant ma description du village de Chilling, des occupations et des us et coutumes de ses habitants.
Les repas
Le matin, comme le soir, nous prenions nos repas dans la pièce principale de la maison : la cuisine située au rez-de-chaussée.

Cuisine typique ladakhie
C’est dans cette pièce, bien sur, qu’étaient préparés les repas mais aussi que l’on pouvait découvrir, au petit matin, les enfants encore assoupis sur des matelas posés à même le sol, là où semblait dormir toute la famille.
La cuisine de nos hôtes était pourvue de l’unique téléphone du village, qui plus est un téléphone satellitaire! Oui, une seule maison du village possédait un téléphone, bien que le réseau couvert ne fût pas bien vaste. Il permettait uniquement de joindre les autres villages et la capitale, Leh. Cela dit, malgré la petite taille du village il y avait toujours des villageois, gens de passage ou ouvriers travaillant à la construction des maisons et à l’entretien de la route qui faisaient la queue pour pouvoir passer un coup de fil.
La fonction principale de cette salle restait tout de même la préparation et la prise des repas.
Le petit déj’ se composait en général de petit pains natures, un peu secs, agrémentés de confiture (de fabrication industrielle en provenance de l’Inde plein d’arômes artificiels) et de thé classique ou à la menthe. Nos hôtes semblaient avoir compris qu’il n’était pas nécessaire de nous proposer du thé au beurre dès le matin.
Il est arrivé, dans notre précédente famille d’accueil, qu’on nous serve une soupe de « noddles » (sachet de nouille chinoise déshydratées épicées) dès le matin… la digestion qui s’en suivait couplée à la chaleur n’était guère propice à un travail acharné pour le reste de la matinée.
Le soir, les repas étaient typiquement Ladakhis. Nous descendions de notre chambre avant qu’ils soient prêts. La nuit étant tombée, nous regrouper dans cette pièce permettait de profiter de la lumière et d’économiser la batterie de notre lampe solaire.
C’était également l’occasion de partager un moment de la vie de famille Ladakhi.
Là, les femmes de la famille, après leur journée passée dans les champs ou à dénoyauter des abricots, s’affairaient à cuisiner pour toute la famille mais aussi pour nous ou les treckeurs de passage passant la nuit chez eux.
Nous avons eu le droit à la traditionnelle purée de lentilles que l’on mange partout sur le sous-continent (le fameux Dal), à la soupe tibétaine (bouillons, pâtes, légumes), aux grosses pâtes faites de tsampa (la farine d’orge grillée, ingrédient principal des mets Tibétains) mais aussi aux fameux raviolis vapeurs, végétarien ou non, dont je raffole, communément appelés « Momos ».
Cette cuisine était, je le pense, un peu plus saine que celle que j’avais pu manger lors de mes 7 mois à Delhi, cependant je suis quand même tombée malade après une semaine dans le village. Mais repas ont alors étaient limité au riz, à son eau bouillie et j’ai pu redécouvrir les joies du Smecta.
Cela m’amène donc à un sujet que je me dois d’aborder : les toilettes ! Histoire de faire baisser le tôt de rebond de mon blog, un peu de sensationnalisme ne lui fera pas de mal. Ami de la poésie, je vous aurez prévenu !
Les toilettes au Ladakh
Au Ladakh, pas de tout à l’égout, la solution ici pour faire ces besoins dignement sans risque de propagation d’épidémies est donc « les toilettes sèches », ces toilettes, dont on entend de plus en plus parler dans nos contrés, consistent donc en un long trou percé sur le toit de la maison donnant dans une fosse à purin. L’endroit est suffisamment élevé pour que les odeurs n’y soient pas trop nauséabondes (enfin cela dépend des maisons). Dépourvus de toit (mais tout de même entouré de murs), tout ce fait donc à l’air libre, ce qui est un plus pour les odeurs mais plutôt désagréable en plein soleil, un après-midi de tourista . En guise de chasse d’eau on utilise une pelle et du sable. Au final, c’est bien plus propre que les toilettes à l’occidentale qu’on peut trouver à Delhi !

Toilettes sèches au Ladakh
Se laver au Ladakh
Au il n’y a donc pas de tout à l’égout et il n’y a pas non plus d’eau courante. Pour se laver on peut trouver dans de rares villages des douches solaires, ce n’était pas le cas à Chilling. La solution était donc d’utiliser l’eau des ruisseaux récupérée à l’aide de tuyaux. Attention, il faut penser à l’environnement et utiliser des produits écolos car l’eau de rinçage se retrouve directement sur le sol à proximité de champs. Pareil pour le brossage des dents, n’hésitez pas à demander à vos hôtes quel ruisseau utiliser afin d’éviter que les eaux salles ne se retrouvent dans les champs ou soient utilisées dans des villages en contrebas.
Tour du village
Après ce « zoom » sur l’habitation Ladakhi, je vais prendre un peu plus de recul pour parler plus globalement du village en suivant les pas de Khenrab lors de la visite durant laquelle il nous a guidé.
La topographie du village induit que les habitations ne sont pas toutes situées au même niveau.
Les différentes habitations ne sont absolument pas accessibles aux véhicules et sont séparées par de petits sentiers aussi caillouteux que pentus.

Ruelles de Chilling
En bas du village, au bord de la route et face au fleuve Zanskar, se trouvent deux petits points de restaurations qui accueillent les voyageurs en début ou fin de treck dans la vallée de la Marka et qui leur proposent de frugales repas accompagnés de thé. En grimpant un peu, on accède au « community hall » salle de vie du village dans laquelle nous avions pour mission de mettre en place l’éclairage via panneaux solaires et un purificateur d’eau. Le reste du village se situe sur un petit plateau accessible après quelques efforts en grimpant une pente raide et rendue glissante par les cailloux. Après avoir enjambé un petit ruisseau entrainant un moulin à prière et être passé à gauche d’un shörten on arrive au centre du village.

Moulin répandant les prières
Celui-ci est constitué d’une école regroupant les cinq ou six élèves, quelques ateliers de dinandiers, des étables et bien sur les habitations.
Je ne vais pas m’attarder sur chaque recoin du village, mais plutôt sur quelques endroits en particulier.
Le plus vielle arbre du village.
Lors de notre tour du village nous sommes passés sous un arbre au tronc si large qu’on imaginait sans peine qu’il n’était pas poussé de la dernière pluie. Khenrab nous l’a confirmé, nous indiquant qu’il s’agissait du plus vieil arbre du village. Il n’était cependant pas en mesure de nous donner son âge. S’en est alors suivi une longue discussion avec un viel homme accoudé à un muret non loin de là, dont les rides marquant son visage étaient caractéristiques des habitants ayant passé leur vie sur les hauteurs Himalayennes, sujets au froid et aux puissants rayons de soleils.
La conversation avait bien entendu lieu en Ladakhi, la langue parlée dans ce royaume (la langue écrite est le Tibétain) c’est pourquoi aucun d’entre nous n’était capable de la comprendre. Le débat entre les deux hommes dura de longues minutes. Au final de cette attendrissante conversation, les deux hommes n’ont pas été capables de donner un âge à cet arbre mais ils ont au moins eu le mérite de nous montrer avec quelle simplicité peut s’instaurer un échange dans cette communauté.
Rencontre avec le grand-père de Khenrab
Au milieu de notre visite nous sommes arrivés chez le grand-père de Khenrab.
Dans un premier temps Khenrab nous y a montré son petit atelier de dinandier. Il était rempli de récipient en tous genres réalisés à la main par son grand père jusqu’à ce que ce dernier soit forcé à prendre sa retraite.

Le petit atelier de dinandier du grand-père
A l’heure où l’age de la retraite fait débat en France, au Ladakh le concept est inexistant. Le grand-père de Khenrab avait 90 ans, des problèmes articulaires et de vision, quand il a arrêté de travailler dans son atelier ainsi que de prêter main forte aux champs. Désormais l’un de ses fils poursuit le métier de dinandier, entre autre, et toute la famille est là pour subvenir à ces besoins.
Les dinandiers : savoir-faire du village
Quelques habitants de Chilling poursuivre la tradition des dinandiers dans la lignée du grand-père de Khenrab. Son frère notamment continue à fabriquer les ustensiles et récipients remplissant les étagères des cuisines Ladakhi ainsi que quelques objets religieux tels que les bols à offrande ainsi que des bijoux.
Dans le calme du village on peut souvent entendre les échos des coups donnés par les dinandiers sur le cuivre qu’ils sont en train de façonner avec une précision incroyable.


Khenrab atisant les braises permettant à son frère de déformer le cuivre à sa convénience
La future maison de Khenrab
Après un passage obligé au petit temple situé au point le plus haut du village dans lequel Khenrab s’est prosterné devant des statuettes de Bouddha et des photos de lamas, il nous a fait découvrir sa future maison. Aujourd’hui de nombreux jeunes ladakhis pensent à quitter leur village pour aller chercher la modernité de la ville censée leur apporter bonheur et confort (cf « Quand le développement créé la pauvreté » d’H. Norbert-Hodge), mais Khenrab jeune homme aux idées non moins modernes a lui fait le choix de rester dans son village et de participer à l’amélioration des conditions de vie dans cet environnement « austère ».

Le chantier de la maison de Khenrab
Cela commence par la construction de sa maison. Khenrab a réfléchi à la façon la plus écolo et économe de la bâtir notamment en utilisant le concept des « murs trombes ».

Concept du mur trombre
Cette solution consiste en la mise en place d’une double épaisseur de verre fixé à un mur d’argile peint en noir faisant face au Sud. L’effet de serre va alors chauffer l’air prisonnier des parois e des trous dans le mur vont permettre la circulation de l’air chaud.

Mur Trombe de l’habitation Ladakhi
Pour rebondir sur l’éco-construction le prochain article aura pour sujet nos travaux d’installation des panneaux solaire et du purificateur d’eau dans le community hall.
En savoir plus sur l’habitat au Ladakh
http://www.6climats6habitats.com/ladakh.htm
http://juley.ladakh.free.fr/newsletter/news/juillet_2008.html

































