Rappel du contexte du voyage :
J’ai suivi les étudiants de mon école d’ingénieur membres de l’association « 5 sommets 5 continents » au Ladakh afin de participer à des missions de solidarité dans des villages touchés par les graves inondations de 2010. Après 4 jours de route à partir de Delhi nous arrivions à Leh.
Déjà lors de mon premier voyage en Inde j’avais du mal à me dire que ce pays se trouvait sur la même planète que le mien. Comment la vie peut-elle être si différente à juste 6000 kilomètres ? Comment peut-on en 8h d’avion se retrouver dans un endroit dans lequel les valeurs sont si différentes et nos repères chamboulés ?
Pour répondre à cette question, la philosophe que je ne suis pas, ne peut s’empêcher de citer Kant dont l’énoncé « Plusieurs mondes actuels en rapport d’extériorité réciproque ne sont pas impossibles en vertu de leur concept même» s’applique très bien à mon ressenti de voyageuse en Inde.
En tous cas, quoi qu’en pense Kant, au bout de 4 jours de route dans un nomansland ces questions trouvent d’elles même des éléments de réponse. Passant de la mega-megalopole qu’est Delhi au villes et villages indiens de moindre taille puis s’enfonçant dans les vallées himalayennes presque vierges et leurs hauts-plateaux, ce trajet peut être considéré comme une zone tampon dans laquelle on oublie un peu d’où on vient, où l’on peut s’adapter, non pas seulement aux conditions géographiques, mais aussi et surtout aux conditions culturelles. Il permet de se préparer à découvrir un autre monde et au fait d’être totalement déconnecté.
Arrivé dans la vallée de Leh, on a l’impression d’atterrir dans un royaume imaginaire incroyablement paisible.
Malgré le fait que nous arrivions de nuit j’avais déjà la sensation que cette région n’était comparable à aucun endroit que j’avais déjà pu voir.
L’inde est un pays composé d’une multitude d’états et d’encore plus de peuples aux cultures particulières mais parmi les régions que j’avais pu déjà visiter je n’avais jamais eu cette impression de changer de pays. Je n’avais plus l’impression d’être en Inde, mais celle d’avoir franchi une frontière culturelle, dont les nombreux cols franchis faisaient offices de checkpoints naturelle.
J’étais doublement dépaysée. Dépaysée par le fait d’être en Inde et dépaysée par le fait d’entrer à nouveau dans un territoire bien particulier. Pourtant je n’avais pas encore fait l’expérience du mode de vie Ladakhi et n’en avait qu’aperçu les contours.
Il ne m’avait été jusqu’alors possible que de distinguer le bord des routes, les hameaux à l’architecture Tibétaine, les habitations qui parfois éclairées de l’intérieur nous laissaient entrevoir un petit bout de vie des familles Ladakhies.
Les paysages nocturnes étaient eux marqués par la vision des stupas d’une blancheur éclatante révélée par clair de lune.
Cela va peut être vous sembler bizarre mais ce qui m’a le plus marqué en arrivant, était le fait que les routes soient bordées de murets et d’arbres rigoureusement alignés !
Alors que dans l’Inde que je connais, les routes, quand on peut appeler ça des routes, qui traversent les villes sont plutôt anarchiques, les murets sont remplacés par les déchets et les arbres par des poteaux électriques desquels tombent des dizaines de câbles tels des drapeaux à prières.
Mais le meilleur restait à venir, le lendemain quand le soleil lèverait le voile sur ce petit monde délimité par d’immenses montagnes.
Le lendemain matin, sous un ciel bleu les paysages et l’urbanisme Ladakhi s’offraient donc à nous.
La découverte du centre de Leh rappelait, dans une moindre mesure, l’anarchie indienne, particulièrement en raison des ruines encore visibles suite à la terrible inondation de 2010 (celle qui en quelque sorte m’a amené ici), mais aussi en raison du fait qu’on y retrouve les mêmes opérateurs téléphoniques qu’à Delhi, les mêmes banques, les mêmes boutiques attrape-touristes. Mais quitté le centre ville on se retrouve tout de suite dans « un village » fait de ruelles extrêmement calmes et dont les toits des maisons sont recouverts des provisions de fourrage pour l’hiver, on peut y croiser de vieux Ladakhis déboulant tout droit d’un autre temps.

Ruelles de Leh


Sorti de ces étroites ruelles on peut apercevoir la verdure des champs et si on lève un peu plus les yeux, le désert, les montagnes et la neige à leur sommet.

L’horizon de Leh

Le Dzong de Leh
Et croyez-moi, tout ça pour une seule paire d’yeux ça fait beaucoup !!


























