Rappel du contexte :
Après déjà une petite semaine en Inde et quelques jours à découvrir la culture Ladakhi, l’heure était venue pour notre sympathique petit groupe de se séparer afin que chacun aille s’activer à la tâche dans l’un des quatre villages ciblés pas nos projets.
Nous ne souffrions plus trop des effets de l’altitude, tête qui tourne, l’impression d’être fatiguée le réveil malgré de confortables nuits de sommeil… et étions dans une forme olympique.
Ce jeudi matin, le groupe se séparait donc en 4. Un groupe de 10 personnes se rendait à Domkhar pour travailler sur le projet « Canaux d’irrigation ».
Un petit groupe composé de Michelle et Carine se rendait à Thorsti, un tout petit petit village, afin d’apprendre aux villageoises et villageois volontaires la préparation de confitures d’abricots, seul fruit poussant, à foison certes, dans la vallée.

L’inaccessible village de Thorti
Deux autres groupes, dont le mien, se rendaient à Skui et Chilling pour y installer des panneaux solaires alimentant une station de purification d’eau et permettant l’éclairage de la salle communale.
Je partais donc pour Chilling accompagnée de David (mais pas l’autre fameux David fera sont apparition dans notre aventure un peu plus tard) mais David un ancien étudiant de l’ENSI, promo 2001 et d’Anne-Sophie, promo 2010.
Les confitures mises en pots, Michelle et Carine nous rejoindraient quelques jours plus tard.
Jean-Marc et Mireille-Joséphine Guézénec (marraine de notre projet) étaient également du voyage à Chilling pour notre première journée sur place. Jean-Marc ne pouvait rester plus longtemps car il devait soutenir Alexandre, étudiant vice-président de l’association, dans son ascension victorieuse du mont KangYaste culminant à 6100m.
Arrivée à Chilling
C’est à environ deux heures de route de Leh, après avoir passé le confluant de l’Indus et du Zangskar et remonté le cours du fleuve que l’on arrive à Chilling l’un des derniers villages de la vallée accessible par la route.
Arrivés au village et descendant de la jeep nous pensions tous que le plus gros effort de la journée avait été de se battre contre la chaleur et le mal des transports en montagne. C’était sans compter « l’ascension » inattendue qui nous attendait sur une pente bien raide pour rejoindre le centre du village situé à flanc de colline.

Ciel d’orage sur Chilling
Descendant de la jeep, les 55 litres de mon sac à doc sur les épaules, j’ai naïvement refusé l’aide d’un habitant qui me proposait de le porter : première grossière erreur. La seconde erreur que je fis ce jour là fût de vouloir laisser mes pieds profiter de l’air Ladakhi dans mes tongs « made in New Delhi », il aurait été bien plus avisé de ne pas ranger les chaussures de rando pour le glissant petit effort qui nous était demandé.
Nous qui nous croyons acclimatés nous nous sommes rendus compte qu’à 3500m d’altitude le physique ne suivait pas encore, même pour un effort qui pouvait paraitre si modeste.
Arrivés haletants, et découragés pour certains, sur les hauteurs du village, nous l’avons traversé pour nous rendre dans la maison du frère de Khenrab, le déjeuné nous y attendant.
La beauté de l’accueil Ladakhi.
A l’entrée de la maison, nous avons été accueillis par le frère de Khenrab ainsi que d’autres villageoises. Ces derniers voyant arriver, marchèrent d’un pas déterminé vers nous, sourire radieux, clamant « Jullay » (qui signifie à la fois bonjour, bienvenu, merci…) à tout va, les bras tendus nous offrant la traditionnelle Katak, splendide écharpe de soie banche.
Pour ma première remise de katak, je dois avouer que mes yeux ont du paraitre brillants quelques minutes, et je n’étais pas la seule à avoir été touchée par ce moment, indescriptible, qui restera l’un des plus beau de mon séjour.
Vivre quelque chose comme ça pouvait s’apparenter à un rêve d’enfant ayant vu et revu et rerevu “Titin au Tibet”. Tout cela semblait presque irréel même si les villageois ne sont pas entrés en lévitation.

Remis de nos émotions, nous sommes montés dans la maison pour nous installer dans la pièce principale et y prendre notre repas.
Nous étions tous assis sur de petites estrades disposées le long des murs en face desquelles se trouvaient des tables basses en bois, toutes colorées et faites de motifs tibétains. Face à nous se dressait une immense étagère sur laquelle étaient entreposés les ustensiles de cuisine de la famille. Cette dinette de luxe devait contenir assez de théières et récipients en tout genre pour édifier un banquet pour la vallée toute entière !

Traditionnelle cuisine Ladakhi
A la fin du repas nous eûmes le droit au traditionnel thé au beure rance ! Vous imaginez bien comme tout le monde l’attendait avec impatience. Chacun s’observait pour savoir qui aller oser goûter en premier. Au final, accompagné de petits gâteaux qui faisaient oublier son odeur, nous avons tous réussi à finir notre tasse! Nos hôtes n’ont cependant pas pu compter sur nous pour vider la théière, mais je crois que cela ne les étonna pas.

Tea time à Chilling
Le déjeuné pris, nous avons dit au revoir à nos amis partant pour le village de Skui et sommes allés nous installer dans nos chambres.
Découverte de la maison
Anne Sophie et moi partagions la même mignonne petite chambre constituée de matelas posés à même le sol et toujours de ces petites tables colorées qui égailleraient même les endroits les plus mornes.
Bien sur, pas d’électricité dans cette maison comme partout dans le village si ce n’est celle fournie par les panneaux solaires. La lumière pouvait seulement être allumée dans notre chambre quelques heures, le soir. Il fallait pour cela nouer entre eux deux fils électriques pendouillant du plafond, « indian style » quoi…
Nous sommes restées deux nuits dans cette maison avant de déménager rejoindre David dans une autre maison du village, forcé de quitter les lieux par l’arrivée d’un autre David (dont je vais arrêter de parler sur ce blog
).

Notre maison
Notre nouvelle chambre se situait sur le toit. Faite de baies vitrées elle était bien plus lumineuse, elle nous permettait de dormir à la belle étoile tout en étant bien au chaud ! Le matin j’étais réveillée par deux choses : le soleil qui venait dès 7h me chauffer le visage et par les meuglements du mini-yack qui déambulait dans le village, nous entendions également les voix et rires des femmes travaillant aux champs dès le levé du soleil pour profiter de la relative fraicheur du matin.

Le travail des champs
Quand j’ouvrais les yeux je pouvais voir les rayons du soleil éclairer les sommets des montagnes environnantes. Au fil des jours je parvenais presque à deviner l’heure en me fiant aux ombres que les montagnes faisaient les unes sur les autres en fonction du trajet du soleil dans le ciel. Une méthode à l’ancienne qui a fait ses preuves :). Bref, la simplicité, le bonheur.

Splendeur du matin
Chilling by night
Pour en revenir sur nos nuits et soirées étoilées, celles-ci commençaient en général assez tôt. En Inde le soleil se couche avec les poules (à moins que ce soit le contraire
) et je ne crois pas me tromper en disant qu’à 19h il faisait nuit pleine. De ce fait, n’ayant pas d’électricité, si ce n’est une petite lampe solaire qui pouvait nous éclairer quelques dizaines de minutes pour compléter la luminosité offerte par la lune, nous passions nos soirées à discuter dans le noir ou à bouquiner à la frontale avant de nous coucher à une heure tellement indécente que je ne la citerai pas.
Une de nos soirées a cependant été particulièrement animée et à beaucoup fait rire nos hôtes.
Alors que nous discutions tranquillement, Anne-Sophie vit surgir une énorme araignée ! La panique s’emparant de nous nous sommes mis à jouer au chat et la souris avec elle courant partout dans la chambre, remuant toutes nos affaires, essayant de l’écraser pour qu’elle n’aille pas se cacher dans l’un de nos sacs de couchage.
Intriguée par ce vacarme, notre hôte monta jusqu’à notre chambre pour s’assurer qu’il n’y avait pas de problème. Après lui avoir ouvrit notre porte lui montrâmes du doigt l’énorme araignée qui jouait avec nos nerfs, elle se mit à rigoler, nous observa encore quelques instants et partie chercher un jeune garçon parlant anglais afin qu’il nous explique que cet insecte était des plus inoffensifs. Il devait croire qu’il n’y en avait pas en France. Il nous proposa même de nous loger dans une autre chambre laissant moins la porte ouverte aux bestioles en tout genre. Mais attachés à notre vue magique nous sommes y sommes restés.
De mon côté, outre le fait de paraitre ridicule, j’avais peur qu’elle nous prenne pour de barbare s’en prenant à une toute petite bête (enfin petite c’est relative !) et n’ayant rien compris aux préceptes Bouddhistes.
La suite de nos aventures à Chilling et bien d’autres dans un prochain article.